Bouger la loupe sur le tableau avec la souris. Pour faire disparaître la loupe, bouger la souris complétement à gauche

Visite guidée

Nous sommes en Flandres, comme l'indique la maison du milieu avec son pignon en gradins - remarquer sur la façade la viande suspendue à l'extérieur des fenêtres.

Le tableau a été peint en 1566 par Peter Bruegel l'Ancien - ancien parce qu'il a eu un fils également peintre qui en a fait plusieurs copies ; il faut croire que le sujet était populaire : le tableau s'appelle Le dénombrement de Bethléem. Il raconte comment, suite à l'ordre de l'empereur de recenser la population, Marie enceinte de Jésus arrive avec Joseph son époux à Bethléem. Pourquoi Bethléem ? Parce que Joseph a pour ancêtre David, et David est né à Bethléem. Donc Joseph et Marie qui habitent Nazareth ont du se rendre à Bethléem (voir les distances sur Google map).

Brueghel peint l'arrivée de Marie et Joseph à Bethéem comme si ça se passait à son époque, dans une ville de Flandres, en hiver donc, puisqu'on fête la naissance de Jésus le 25 décembre. Ce tableau est un résumé du monde, tout autant le monde flamand de l'époque, que notre monde et notre société actuelle ou que la ville de Bethléem il y a plus de deux mille ans.

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Brueghel relègue à l'arrière-plan le pouvoir et la religion institutionnalisée en tant qu'instrument de ce pouvoir : le tableau actualise la critique du temple de Jérusalem en une critique des guerres qui opposent en ces temps de Réforme les princes catholiques et les princes protestants.

La vraie vie est ailleurs : ça grouille de monde.

Tout d'abord, les enfants : qu'est qu'ils font ? Ils jouent. à quoi ? Aux mêmes jeux qu'aujourd'hui ...quand il y a de la neige et de la glace : bataille de boules de neige, luge, patin...mais aussi à la toupie (en bas à droite). Il y en a même un qui gonfle un ballon ! (indice : chercher le cochon saigné en bas à gauche : l'enfant sur la gauche en gonfle la vessie pour en faire un ballon).

Puis les adultes - d'abord ceux qui travaillent. Il y a ceux qui transportent de lourdes charges sur le lac gelé en haut à gauche, ceux qui sont de corvée de bois (au milieu sur la gauche, derrière les chariots chargés de tonneaux), ceux qui construisent une charpente (en haut à droite).
D'autres se reposent : certains se réchauffent autour du feu au pied du mur de la maison à pignon en gradins, d'autres boivent un coup à côté dans une taverne improvisée au creux d'un arbre.
Et il y a le lépreux, obligé de mendier : on reconnaît sa maison à l'écuelle plantée sur un piquet à gauche de l'entrée (au milieu du tableau sur la droite)
..et celui qui est en train de voler ses légumes, derrière...

...et ceux qui viennent se faire recenser Où est le bureau de recensement ? Il serait logique qu'il soit identifié par le blason de l'empereur Charles-Quint. Il est bien là : en haut à droite de la fenêtre de la maison du premier plan à gauche. Et on reconnaît le fonctionnaire impérial à son col en fourrure, entouré par les secrétaires qui enregistrent et vérifient les noms. Le recensement est l'occasion de percevoir l'impôt : on voit en face ceux qui vérifient s'ils ont assez d'argent, et celui qui cherche sa bourse dans son manteau vert.

Mais où sont Joseph et Marie ? Premier indice : chercher l'âne qui sert de monture à Marie.Oui ! Ils sont là, au milieu au premier plan. On reconnaît Joseph à la scie qu'il tient sur son épaule. Et il y aussi le boeuf de la prophétie d'Esaïe 1,3 qui nous regarde. Deuxième indice, plus discret : l'oiseau qui évoque le Saint-Esprit, dans le ciel, à la verticale de Marie.

Le sujet soi-disant religieux se fond dans la vie, et la religion est reléguée dans un coin du tableau. La famille de Jésus est dans le monde, dans le monde de Brueghel comme dans le nôtre. Personne ne fait attention à eux. Ils sont des gens ordinaires, qui viennent faire leur devoir de citoyens d'un territoire occupé. Ils seront recensés peut-être comme numéro 2857. Ils ont une place aussi importante que les numéros 2858 à 2860 qui les suivent en bas à droite. Avec un détail étonnant : c'est l'homme qui porte un enfant emmitouflé dans son manteau, et c'est la femme qui porte l'épée. Priorité est donnée à la fragilité sur la force.

Jusqu'à présent, nous pouvons dire que nous sommes le 24 décembre au soir. Mais pas seulement. La crucifixion est aussi évoquée : cherchez l'évocation de la croix et de la couronne d'épines. Elles se dessinent dans les meneaux de la fenêtre de la maison du percepteur, et la couronne de l'avent qui la surmonte. Au-dessus de la maison du lépreux on trouve aussi une croix - évocation du lépreux guéri qui fait demi-tour pour rendre gtrâce à Jésus en Luc 17,11-19 ?

Marie et Joseph marchent vers la croix. En même temps que la naissance à venir, le tableau nous parle aussi de la mort de Jésus. Avant de mourir, Jésus avait partagé un dernier repas avec ses amis. Et au cours de ce repas il avait partagé du pain et du vin avec eux, ce dont nous faisons encore mémoire aujourd'hui dans nos célébrations.Cherchez la cruche de vin : juste à droite de la croix. Et maintenant cherchez le pain : au-dessus de la fenêtre de gauche de la maison. Oui, juste à gauche de la croix - le vin et le pain. Tout est dit. Dès le commencement.

Mais cette croix n'est pas la fin de tout. Nous venons de lire les détails du tableau comme autant de fenêtres d'un calendrier de l'Avent. Mais nous le savons, l'histoire ne s'arrête pas avec la mort de Jésus. Quelle que soit la manière dont nous comprenons le mystère de la résurrection, nous affirmons en Jésus une force de vie qui traverse la mort. Et cette force de vie est aussi sur le tableau, qui est aussi un calendrier de l'Après, avec l'épisode - à la fin de l'évangile de Luc, en Luc 24,13-35 - de ces deux disciples en route vers Emmaüs.Ils se lamentent de la mise à mort de Jésus lorsqu'un inconnu les rejoint en chemin. Ils reconnaîtront Jésus le soir, à l'auberge, au moment du partage du pain : c'est ce qu'évoque la scène de la porte de gauche de cette maison : une lueur diffuse dessine les trois silhouettes des deux disciples avec Jésus.
Ce n'est pas un hasard si c'est par cette ouverture qu'on sort un cochon, qui va être mis à mort comme le précédent pour faire du boudin et de la charcuterie. C'est la manière dont Brughel symbolise la fête, à une époque où on ne mange pas de la viande tous les jours. Référence à cet autre passage de l'évangile de Luc avec la joie du Père qui retrouve son fils : “ Mangeons, faisons la fête, car mon fils que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! ”. Et ils commencèrent à faire la fête (Luc 15,24). Aujourd'hui, où plus grand monde en Flandres ne souffre de la faim, pour symboliser la fête, on peindrait peut-être plutôt des musiciens et des danseurs ? ...ou alors, ou alors on ferait sortir le Père Noël et son traîneau avec les rennes et les cadeaux ? ...Mais alors, est-ce que ce ne serait pas plutôt par la fenêtre de droite ?

C'est la question centrale de ce tableau en forme de calendrier de l'Avent : quelle priorité choisir dans notre vie ? Un choix posé en Deutéronome 30,19 : “ je place devant toi la vie et la bénédiction d'une part, la mort et la malédiction d'autre part. Choisis donc la vie et tu vivras, toi et ta descendance” :